LE MIEL ET LES ABEILLES

La Longue Histoire du Miel & des Abeilles de Corse

"Mele di Corsica" - En Corse, la flore spontanée qui compte de nombreuses plantes endémiques est riche et originale, c'est elle qui, dès l'antiquité, a assuré la réputation des miels de Corse. Cette antériorité et cette spécificité liée a la qualitè ont permis la reconnaissance des miels de Corse en (A.O.C).

ruches PLINE L'ANCIEN (23-79 après J.C) assurait dans sa monumentale "Histoire naturelle" que la fleur du gros buis de Corse rendait le miel amer et donnait à la cire une vertu médicamenteuse. Non seulement, écrivait-il, << les tâches sur la figure s'atténuent avec un onguent à base de miel corse qui est très âpre >>, mais aussi : << les pierreries deviennent toutes plus brillantes par une décoction dans le miel , et surtout dans le miel corse >>.


Dans leur livre "Aleria ressuscitée", jean et Laurence Jehasse parlant du miel :

"La longévité des habitants de Kyrnos tenait au fait qu'ils mangeaient des quantités de leur miel. Les Pythagoriciens avaient comme maxime miel dedans, huile dehors, pour définir le meilleur genre de vie, celui qui était le plus conforme à la nature.

Mais ce miel ne remplaçait pas seulement notre sucre et ne permettait pas seulement des confiseries de toute sorte, destinées aussi bien aux enfants et à la vie familiale qu'aux offrandes aux dieux et aux morts. C'était entre autre l'élément indispensable des boissons fermentées comme l'hydromel, et toutes sortes de boissons utilisées dés avant que se répande l'usage du vin. Et le vin antique était souvent renforcé, épaissi, parfumé au miel.

C'est donc un produit qui vaut cher. L'édit de Dioclétien au IVe siècle après J.C donnera pour le setier de miel - soit environ un demi-litre - le prix d'un lapin ou d'un poulet. On comprend qu'on l'exporte au loin, et que c'est un surplus de richesse particulèrement précieux".


Dans l'Antiquité, la Corse produisait au moins une cinquantaine de tonnes de miel puisque plus de trente représentaient le tribut à payer annuellement à l'occupant, - d'abord étrusque, romain ensuite - , sans compter un tribut de cire de l'ordre de deux ou trois tonnes suivant les années et les évènements.

Pourquoi la cire (il faut à l'abeille ouvrière 6 à 7 grammes de miel pour 1 de cire dégorgé dans les rayons de la ruche) ? Parce qu'elle était principalement utilisée dans la fabrication des chandelles, des moulages, dans l'industrie, dans la marine, etc... et qu'elle servait à enduire les tablettes sur lesquelles on écrivait.

Depuis un temps immémorial, les Corses connaissaient le miel et ses bienfaits. Olivier Jehasse, dans "Corsica classica" rapporte entre autres que selon DIODORE DE SICILE, << les rayons de miel que (les Corses) découvrent aux creux des arbres appartiennent aux premiers qui les trouvent sans contestation aucune. >> il ajoute que l'île en produit en abondance, constat corroboré par STÉPHANE DE BYZANCE et par LUKOS DE RHÉGIUM pour qui << Les Kurniens (habitants de Kyrnos) vivent très agés en se nourrissant continuellement de miel >>.

MARTIAL , célèbre poète latin, en admet volontiers la qualité lorsqu'il dit << qu'envoyer des vers à l'éloquent Nerva serait comme si l'on envoyait du miel de Corse aux abeilles du mont Hybla qui n'en donnaient que du plus exquis >>. Le miel de cette montagne sicilienne passait pour être le premier de la Méditerranée, mais la réputation du miel corse était si peu usurpée, qu'il n'hésitait pas à se réferer en second à son image.

Il n'empêche, revers de la médaille, qu'OVIDE jugeait << infâme >> le miel insulaire, et que VIRGILE avertissait : << Puissent les abeilles fuir l'if de la Corse >>, du fait que les butineuses faisaient alors un miel moins doux.


Au Moyen-Age, PIETRO CIRNEO en appelait au sentiment des grands anciens de Rome et qualifiait d'<< excellents >> le miel et la cire de Corse.


Plus près de nous, BOSSUET (1627-1704) prétendait << qu'à cause de la grande quantité de miel qu'ils mangent, les Corses sont plus grands que le commun des hommes >> et, surtout, que ceux d'entre eux qui sont des brigands, << surpassent en cruauté les bêtes les plus farouches. >> JAUSSIN, en 1738, se bornera à constater : << l'île abonde en miel et en cire >>.

D'après un texte de Paul Silvani tiré de "La légende des Corses" - Editions Albiana

L'abeille corse a été définie comme totalement identitaire : la colonie d' apis mellifera mellifera insulaire se distingue des autres par une langue plus longue, un index cubital plus élevé, une pilosité assez courte.

Cette abeille, noire et de petite taille travaille toute l'année. Elle est protégée par un arrêté de 1982 qui interdit toute introduction d'abeilles sur l'île.




L'APICULTURE :

De tout temps, on peut constater que le miel a tenu dans l'île un rôle de premier plan. Sa production a constamment été importante, aussi bien pour les besoins alimentaires de sa population que pour les exigences extérieures. Aussi, l'élevage des abeilles a-t-il toujours été pratiqué.

Evidemment, par la force des choses, le miel corse n'a été exporté que dans l'antiquité étrusque et romaine. Par la suite, la Corse a été régulièrement envahie et pillée. Les << mouches à miel >> n'ont plus, dès lors, butiné que pour l'habitant. L'apiculture n'y était qu'empirique, dans l'acception du terme, caractère qu'elle devait conserver pendant des siècles.

L'essaim (u bùgnu) se logeait spontanément dans un tronc d'arbre creux (caravùnatu) ou bien le paysan et le berger creusaient la ruche (également appelée u bùgnu) dans un tronc d'arbre creux, une grosse branche, ou la construisaient sommairement. L'opération était dite << putà u bùgnu >> : sur le fond et deux côtés verticaux, une planche en liège percée d'un trou servant d'entrée et de sortie aux abeilles (ape ou abe). Pour chasser celles-ci et prendre le miel : la fumée d'un feu de génévrier, parfois même l'arba tabacca (les feuilles séchées de tabac local), la planche otée et une partie des rayons retirée avec un instrument tranchant.

Induva eranu e bùgne ? (Où étaient les ruches ?)

Selon le paléologue qui dirigeait au début du XIXe siècle la pépinière d'Ajaccio : << Grossièrement confectionnées, elles étaient abandonnées dans le coin d'un bois pendant toutes les saisons. On les visitait deux ou trois fois dans l'été pour prendre le miel au moyen de la fumée. On en trouvait peu, surtout à l'automne, car les grandes sécheresses de l'été, qui brûlent tout, ne permettent pas aux abeilles de travailler. Très souvent, il en meurt même une grande quantité >>.

La sécheresse n'était pas seule responsable. Les incendies de maquis, pratique pastorale remontant à la nuit des temps, devenue redoutable et dévastatrice, provoquaient aussi une grande mortalité.


POMMEREUL, Officier de Picardie affecté dans l'île, pensait qu'il était souhaitable que le commerce du miel fût développé, c'est dans ce but que l'Ancien Régime abolit les taxes gênoises et les drots de douane à l'exportation, accordant au contraire une prime de 10 sols par ruche.

Lorsque l'île fût devenue française, elle commença à s'ouvrir lentement au progrès. On traça des routes et, avec elles, on apporta des ressources au commerce. C'est sans doute de cette époque que date le grand rucher des Casselle, à Venaco : un mur long de 15 mètres et profond d'une dizaine, percé de soixante-quinze trous d'envol.

NAPOLEON 1er, qui avait fait des abeilles le symbole de son règne, et NAPOLEON III encouragèrent fortement l'apiculture et, d'ailleurs, sa qualité valut au miel de Corse une Grande médaille d'or à l'Exposition Universelle de Londres en 1862.

VÉRARD, Inspecteur de l'hôpital militaire d'Ajaccio pendant huit ans, sous le Premier Empire, estimait en 1815 << nécessaire d'encourager le trafic du miel et de la cire, accorder des récompenses aux propriétaires qui augmenteraient le nombre de leurs ruches, fortifier l'expérience par des instructions et introduire par degrés les meilleures méthodes connues dans la façon de soigner les mouches à miel. >>

Une préconisation redevenue globalement lettre morte à un siècle de distance si l'on en croit JULES CARLOTTI, alors directeur des services agricoles insulaires, dans sa "Monographie Agricole de la Corse". En 1929, le constat est sévère :

<< L'apiculture est le lot d'amateurs, retraités, fonctionnaires, curés ou spécialistes. Chez la plupart des agriculteurs, la ruche est vulgaire : tronc d'arbre creux ou caisse de planches recouvertes parfois de liège ; chez le curé et le rare spécialiste, la ruche est à cadres mobiles

Aussi bien dans la région des coteaux que dans celle des hautes vallées, les ruchers sont plutôt rares, réduits à quelques unités par canton et comprenant quelques ruches seulement, parfois vingt ou trente, très rarement une centaine (...)

La conduite du rucher est mal faite. Le soi-disant apiculteur sait tout juste loger l'essaim dans la ruche et récolter le miel après un enfumage copieux. Aussi, que vienne un hiver très froid ou un été très chaud, la colonnie est en mauvaise posture si elle ne périt pas.>>


À l'époque, 1400 ruchers avec 8600 ruches avaient été dénombrés. rendement moyen : 12 kilos par an, soit une dizaine de tonnes à peine. On était loin des abeilles de l'antique ! Pourtant, par-delà le temps, le miel demeurait << sauvage, ardent >>, avec << une légère amertume qui était toute la saveur des sèves du maquis >> comme le décrivait en 1928 LOREZI DI BRADI dans sa "Corse inconnue". Ainsi que le petit pâtre, il avait mêlé ce nectar au brocciu ou au lait caillé et s'en était régalé.

Il y avait aussi regardé de plus près :

<< Les abeilles foisonnent commes les papillons dans les vallées ensoleillées où, du printemps jusqu'au déclin de l'automne, les fleurs regorgent de pollen. Elles sont très nombreuses sur les rivages de la mer, dans les criques et les anses à l'abri des vents (...).

Elles n'ont pas de ruches, mais elles se logent. Elles préfèrent les vieux troncs caverneux. Quelquefois, elles s'abritent entre les pierres des murs moussus, fleuris de giroflées, empanachés de plantes parfumées, ou dans ces trous de rochers qu'elles doivent prendre pour d'énormes alvéoles >>.


Depuis un quart de siècle, pourtant, l'apiculture est à force de volonté et d'initiative devenue une filière en plein développement. Les producteurs se sont groupés, la production dépasse maintenant cent cinquante tonnes par an. Les six variétés << Miel de Corse (Mele di Corsica) >> sont, avec le miel de sapin des Vosges, les seules de France à bénéficier de l'appellation d'origine contrôlée.


miel AOCElles sont ainsi désignées :

- Miel de printemps
- Miel de maquis de printemps
- Miel de châtaignier
- Miel de maquis d'été
- Miel de maquis d'automne
- Miellat du maquis