LE MOUFLON

mouflon "Ovis gmelini musimon variété Corsicana" est l'emblème de la faune sauvage insulaire. Un véritable animal sacré dont la sauvegarde a longtemps suscité les plus vives inquiétudes malgré des mesures de protection en vigueur depuis 1956.

Le mouflon de Corse, espèce endémique de l'île, est menacé par le braconnage, les incendies ou les sports extrêmes: aidé par l'Europe, le parc naturel régional tente de sauvegarder cet animal "emblématique" de l'île face à ces agressions.


Qui est le mouflon de Corse ?

Le mouflon de Corse proviendrait du retour à l'état sauvage de moutons rustiques du Proche Orient introduits en Méditerranée au néolithique.

Ce sont ces animaux qui auraient donné naissance aux Mouflons de Corse, de Sardaigne et de Chypre.

Au huitième siècle, les mouflons ont été introduits comme gibier en europe méridionale, puis occidentale. Des individus sont même observés dans l'archipel des Kerguelen et aux Etats-Unis.

Le mouflon de Corse est un animal au corps assez trapu, d'une taille de soixante-dix-centimètres, et dont le poids oscille entre vingt-cinq et trente kilos. Il porte de longues cornes spiralées, signe particulier observé surtout chez le mâle.

Herbivore, le mouflon vit en moyenne montagne, sur des espaces ouverts plus ou moins accidentés et peu enneigés en période hivernale. Son terrain de prédilection correspond aux zones boisées et aux sols rocailleux.

Dans l'Île, le mouflon est présent dans les massifs du Cinto et de Bavella.

Au début du XIXème siècle, ce petit mammifère sauvage aux cornes recourbées, comptait 2.200 individus. Aujourd'hui, ils sont un millier, 600 dans la région d'Asco (Haute-Corse) et 400 dans l'Alta Rocca, au pied des aiguilles de Bavella (Corse-du-Sud).

L'animal, qui vit en harde organisée autour d'une femelle relativement âgée, est vraisemblablement arrivé en Corse, en même temps qu'en Sardaigne et à Chypre, voici 6 à 7.000 ans, mais "il n'y a qu'ici qu'il ne s'est pas hybridé, c'est une variété unique" dont le nom (a muvra) a marqué la topographie de l'île (sommet de Muvrella, Punta Muvrarecchia...), explique César Mattei, docteur en biologie, chef du projet mouflon au parc naturel régional de Corse.

Les menaces qui pèsent sur l'animal, pourtant interdit de chasse depuis 1956, sont multiples, liées essentiellement à l'activité humaine. Outre "le braconnage", figurent "l'explosion du tourisme montagnard, les chiens errants, les sports mécaniques comme le 4X4 sur des pistes théoriquement interdites, les incendies, la pression de chasse", poursuit César Mattei.

Les animaux sont également menacés par des maladies abortives comme la fièvre catarrhale ovine ou les conditions climatiques (hivers rigoureux ou canicules).

"On a coutume de dire que cet animal, libre, farouche, qui vit en société matriarcale, est symbolique de la Corse", dit-il. Mais "il est mal aimé. Il compte dans l'imaginaire collectif mais les gens n'ont pas forcément conscience qu'il ne se porte pas très bien".

Le projet de "conservation et d'extension" lancé en novembre 2003* pour cinq ans vise d'abord à maintenir des effectifs actuellement en stagnation, avec un taux de croissance de 10%. "Il y a un très gros problème de reproduction en Corse, seules 25% au Nord et 12% au Sud des femelles sont +suitées+ (accompagnées d'un petit)" à la saison de la procréation, indique César Mattei, ex-professeur à l'Université du Maryland.

Doté de 1,6 MEUR (dont 50% financés par l'UE dans le cadre d'un "Life", l'instrument financier pour l'environnement), le projet prévoit aussi de créer de nouveaux noyaux de population, avec la capture de mouflons (15 au nord et 15 au sud) qui seront élevés en enclos avant d'être relâchés sur des sites encore à choisir.

Ces captures, menées avec l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, permettent au parc "de soigner les animaux, de les traiter pour les parasites, de les marquer", explique François Orsetti, chargé de la gestion des enclos.

"Lorsqu'on aura à nouveau le droit de chasser le mouflon, c'est qu'on aura gagné", poursuit l'agent de 58 ans qui, enfant, a connu cette forme de chasse. "C'est d'ailleurs ce qu'on fait miroiter aux chasseurs avec qui ce n'est pas toujours facile", ajoute-il.


* Le mouflon de Corse au centre d'un programme européen

Le mouflon corse a beau être protégé depuis 1956 par un « Plan de chasse zéro », sa population ne progresse que très lentement. « Nous avons constaté une évolution numéraire de l'ordre de 15% alors qu'elle devrait se situer entre 25 et 35% », souligne César Mattei, chef du projet LIFE-Nature « Conservation et extension des populations de mouflons en Corse ». D'un montant de 1,6M¤ &endash; financé à hauteur de 50% par la Commission européenne, 34% par la Collectivité territoriale de Corse, le reliquat étant à la charge du Parc naturel régional de la Corse (P.N.R.C), de l'Office national de la chasse ou encore de l'Office national des Forêts &endash;, ce programme s'apprête à entrer dans sa phase active. Il devrait « booster » une espèce endémique en perte de vitesse sur le territoire insulaire. A l'inverse de la Sardaigne ou des Pyrénées, la progression du cheptel corse laisse en effet à désirer. Il ne compte actuellement qu'un millier d'individus, répartis en deux groupes, l'un dans la région de Bavella, le second dans le massif du Cintu. Ce morcellement est l'une des causes du déficit qu'accuse la population de mouflons insulaires. « Il n'y a pas de relation entre les troupeaux du sud et du nord de l'île et donc pas de renouvellement génétique », explique César Mattei. Braconnage, incendies, essor des loisirs de plein air et pression de chasse inhérentes à la battue aux sangliers sont les facteurs qui entravent un développement satisfaisant des populations. Sans compter une épizootie de fièvre catarrhale, récurrente depuis 2001. « Il nous appartient désormais de maîtriser ces menaces pour préserver la dynamique que nous comptons mettre en place », poursuit l'agent du P.N.R.C chargé de la mise en œuvre du programme LIFE. Outre un renforcement du suivi vétérinaire des troupeaux, celui-ci s'articulera essentiellement autour de l'extension numéraire des populations, de leur aire de répartition et de la création de nouvelles zones de peuplement. Première étape du projet, des captures d'animaux pour la reproduction en enclos. Cet élevage devrait permettre, dès l'hiver 2006, de réintroduire dix à vingt individus par an dans différentes micro-régions, de l'Alta Rocca au Niolu. Et d'assurer, enfin, la pérennité de l'espèce

Jacques Pietri

Corsica du 30/11/03

D'après un texte de Noël Kruslin, tiré de "La Corse Votre Hebdo" et dépêche AFP du 05 mars 2005. - Photo Jeannot Filippi -