LA CHASSE

chasseurVers la fin août, la chasse est ouverte. Les chasseurs, qui connaissent parfaitement les rythmes de la vie animale, établissent leur calendrier en fonction de leur savoir.

Les chasses en solitaire n'ont pas l'importance réelle et symbolique de la chasse au sanglier (cignale). La battue (a battuta) pour chasser le sanglier (cignale) a toujours occupé une place privilégiée dans la vie masculine, et aujourd'hui, cette pratique demeure très vivante. Rares sont les villages sans chasseurs. D'un bout à l'autre de l'Ile, pratiquement chaque commune possède sa société de chasse, regroupant les chasseurs du village et excluant autant que possible les "étrangers", c'est-à-dire ceux qui n'y résident pas régulièrement. Les nouveaux venus, les vacanciers, les urbains, etc., ne sont pas facilement intégrés dans ces sociétés qui préfèrent se constituer sur la base d'affinités fortes et durables.
Vers la fin de l'été commencent les battues (battute). Elles ont généralement lieu deux fois par semaine et de préférence les jours où les enfants n'ont pas classe; car dès l'âge de douze ans, les jeunes garçons peuvent être introduits dans le groupe des chasseurs par leur père ou un quelconque membre de la famille et être initiés à l'art de la chasse.

Une battue rassemble au lever du jour, les hommes du village. Parvenus à l'emplacement de la chasse, ils prennent chacun le poste qui leur revient : les uns "font les voix" (facenu e voci), lâchent les chiens afin de débusquer et rabattre le sanglier qui sera traqué de façon à ce que son trajet soit orienté vers les postes (e poste) où les autres chasseurs se tiennent à l'affût.
Ces tireurs se sont postés à des points stratégiques, déterminés par plusieurs facteurs: connaissance du terrain et habitudes du sanglier, orientation du vent, etc.

A la chasse au sanglier, dès que la bête est abattue, elle est castrée. Les testicules contiennent une substance qui donnerait un mauvais goût à la chair et la rendrait immangeable.
Elle sera ensuite partagée entre tous les chasseurs etchacun ramène chez lui cette part. Qui leur sera cuisinée par sa femme et consommée en famille. Mais avant de se disperser, les chasseurs rituellement prennent un repas commun le jour même de la chasse. Ils mangent a curadella (poumons, foie, cœur) qu'ils ont grillé eux-mêmes. Ce repas de battue exclut les femmes et les non chasseurs.

Tous les chasseurs de sanglier le diront : ce qui compte dans la battue, ce n'est pas seulement de tuer une bête, mais que cette mise à mort permet d'établir au niveau des liens, des partages et des échanges. L'importance de la chasse ne tient pas qu'à la fonction économique, alimentaire, qu'elle assurait et qu'elle assure encore, mais aussi à sa fonction sociale qui consiste à faire naître et durer des solidarités profondes qui se nouent autour des valeurs masculines socialement re-connues.

La chasse met périodiquement l'homme en contact avec la nature sauvage. Elle suppose et aiguise des savoirs subtils. Elle exige des comportements conformes à des normes morales et sociales qui font l'honneur masculin. Elle est aussi une pratique qui par l'intermédiaire du gibier, confronte l'homme à la mort.