LES ETANGS

etang Étangs, marais et deltas forment des zones humides où se mêlent eaux douces et eaux salées. des biotopes qui hébergent une faune et une flore extrêmement variées.

La Corse et l'eau entretiennent des relations privilégiées. Comme la montagne a ses lacs, la côte orientale de l'île, basse et sableuse a ses marais, ses marécages et ses étangs.

Ces zones humides couvrent à elles seules près de 4 000 hectares et il faudrait encore leur ajouter les estuaires et les deltas peu ouverts sur la mer et semblant retenir les eaux qui ne s'écoulent que très lentement.

Les grands étangs sont plus d'une vingtaine. Ils sont toujours proche de la mer et ils communiquent avec elle, tantôt de façon courante par un grau ouvert en permanence, tantôt de manière plus aléatoire. Ils nécessitent alors l'intervention de l'homme pour rétablir des passages qui ont tendanceà s'ensabler.

Certains de ces étangs sont d'origine lagunaire et sont séparés de la mer par un simple cordon d'alluvions marines. Comme par exemple Biguglia ou l'étang de Palo au fond de la baie de Santa Giulia.

D'autres sont nés de l'envahissement par la mer de zones d'effondrement, c'est le cas de Diana, Urbino ou Balistra. Ces étangs sont en général beaucoup plus profonds avec souvent près d'une dizaine de mètres de hauteur d'eau.

Quelle que soit l'origine de ces grandes étendues lumineuses et miroitantes qui mêlent les eaux de la mer à celles des rivières, ces lieux sont des paradis pour la flore aquatique : les algues, les salicornes, les grandes aunées à fleurs jaunes, les roselières qui constituent un milieu idéal de nidification pour de nombreux oiseaux.

C'est ainsi que ces zones humides hébergent des populations très importantes d'oiseaux sédentaires ou migrateurs. Les foulques, les canards, les hérons, les poules d'eau et une multitude d'autres espèces trouvent sur le plan d'eau un refuge et une nourriture abondante.

Par ailleurs, les étangs sont le royaume des crustacés, des mollusques, des huîtres et des moules, des oursins, des poissons aussi divers que l'anguille et la dorade.

L'ostréiculture de l'étang de Diana remonte à l'époque romaine comme en témoigne l'île de l'étang qui est formée de coquilles percées à l'aide d'un poinçon carré, caractéristique de la méthode utilisée par les Romains pour sortir les huîtres de l'étang. Leurs chairs mises en saumur étaient expédiées pour la table des empereurs.

Aujourd'hui l'ostréiculture, la mytiliculture, et la pisciculture marine sont les grandes activités économiques des étangs de la plaine orientale. ils apparaissent avec leur environnement d'aulnes, de peupliers et de saules comme des oasis de fraîcheur au cœur de l'été insulaire.


bigugliaÀ la découverte de Biguglia, un étang classé réserve naturelle.

A vol d'oiseau, il n'y a pas 80 km de la réserve de la Scandola à celle de Biguglia, de celle des aigles à celle des canards. Vingt ans les séparent, puisque la réserve de 16 000 hectares de Biguglia a été crée en 1994.

Situé à une quinzaine de kilomètres au sud de Bastia, le site est d'une beauté douce, dormante, lumineuse, comme une petite Venise des îles avec les montagnes en arrière-plan, qui certains jours se reflètent dans les eaux de la lagune. L'étang, long de 12 km et peu profond, jamais plus de 2 m, communique avec la mer par le grau, et reçoit les eaux douces du Bevinco et partiellement du Golo par tout un système de canaux.

Les oiseaux sont la raison d'être de l'étang de Biguglia : il semble presque que la nature ait aménagé des oasis au bord du rivage pour offrir un séjour aux migrateurs sur la route du sud de la Méditerranée.

L'étang accueille régulièrement plus d'une centaine d'espèces :

- Certaines n'apparaissent qu'en été, comme le héron, la sarcelle, la grue cendrée, l'échasse blanche, la sterne.
- D'autres viennent en hiver comme le colvert, la poule d'eau, le martin-pêcheur, le flamant rose, le cygne noir, le canard siffleur, la mouette rieuse ou la mésange.
- Une vingtaine d'espèces y nichent, comme le grèbe castagneux ou la rousserolle...
On retire chaque année des eaux saumâtres de l'étang plus de 100 tonnes d'anguilles, pêchées à l'aide de filets particuliers, les verveux. Les mulets sont recherchés pour leurs œufs, qui donnent la fameuse poutargue, le caviar rose.

Pendant des siècles, les étangs de la côte orientale étaient infestés de moustiques, vecteurs de paludisme. Aujourd'hui ces maux ont disparu, mais il plane toujours au-dessus de l'étang des peurs venues de légendes anciennes...

D'après un texte de Jean Delisle : Corse - trésors de l'île nature - Milan Presse