LE PAIN

pain

U Pàne

Pendant des générations, hommes et femmes ont consacré une grande partie de leur temps à le fabriquer. On employait non seulement le blé, mais aussi le maïs, le seigle et l'orge pour le préparer.

Le pain de céréales (u pane di ranellu), c'était le pain d'orge, de seigle ou blé.


U pane pisticcinu ou encore u pane castagninu était, lui, entièrement fait avec de la farine de châtaignes. Il avait l'inconvénient de se conserver peu de temps.

On cuisait le pain une fois par semaine, le samedi.

La cuisson du pain de ménage (pane casanu) se faisait dans le four familial (u fornu) s'il y en avait un. Autrement, on se rendait au four des cloches (fornu di campana) ainsi appelé parce qu'il se trouvait souvent adossé à l'église, près du campanile. On faisait généralement un usage groupé de ce four collectif et, à tour de rôle, les familles se chargeaient de le chauffer avec des fagots. L'attente à la porte du four était pour les femmes une bonne occasion d'échanger les nouvelles de la semaine.

Depuis le haut Moyen Age jusqu'à la Révolution française, l'Eglise imposa de nombreuses taxes aux paysans sous forme de dîmes et prémices. Les dons tous facultatifs qu'ils étaient, prirent au fil du temps l'aspect d'une obligation qui perdura bien au delà de la Révolution, jusqu'au début du siècle.

Aussi, lorsque chaque famille cuisait son pain le samedi, une part était réservée au curé et, plus anciennement aux moines du monastère voisin.

L'abbé Gaudin rapporte qu'en 1787, les soixante-trois couvents habités de 1100 moines dont la subsistance était à la charge du peuple, pesaient lourdement sur la vie économique du paysan corse.
"Nul monastère ne s'est établi dans une piève, que sous la condition que les habitants s'obligeraient de lui payer par feu, chaque semaine, un pain tel qu'ils ont coutume de les consommer, c'est à dire du poids d'environ dix à douze onces; tous les dimanches leurs frères vont les recueillir, bien plus à titre de dette qu'à titre d'aumône. Il n'y a point de communauté d'habitants qui ne soit ainsi tributaire de tous les couvents, de tous les ermitages qui se trouvent dans le voisinage. Sans compter le curé et le vicaire qui réclament plus justement les mêmes droits. J'ai vu des villages où chaque feu payait au moins huit de ces pains chaque semaine; qu'on juge par là combien cette taxe est exorbitante. Elle se lève pareillement sur toutes les espèces de récoltes. Personne ne s'en dispense, pas même les plus misérables, parce qu'on se fait un point d'honneur, encore plus qu'un devoir, de la payer."

En ce qui concerne le curé du village, chaque dimanche, il envoyait sa servante faire la tournée des maisons pour recueillir en chacune le pain qui lui était réservé par l'usage. En échange, tous les lundis, le curé disait une messe à l'intention des défunts de la paroisse. Voilà pourquoi ce pain réservé au curé était appelé: u pane di u purgatoriu (Le pain du purgatoire)!