LA PÊCHE

pecheursJusqu'au XIXe siècle, les Corses ont considéré la mer comme un élément hostile, et le littoral connut un développement très tardif; les villes côtières elles-mêmes, à de rares exceptions furent installées par les envahisseurs comme autant de points stratégiques pour dominer l'intérieur et tenir les insulaires en respect. La plupart d'entre elles sont d'ailleurs fortifiées et d'origine génoise. En dehors de ces villes et de quelques villages en bord de mer, les insulaires vécurent à l'intérieur des terres, tournant le dos à la mer, et se retranchant dans la montagne.

La Corse fut l'objet de tant d'expéditions romaines, sarrasines, italiennes, puis françaises, qu'il fut impossible aux insulaires de résister à la flotte puissante des envahisseurs qui s'établissaient sur la côte. Ce retranchement tactique en montagne, renforcé par l'insalubrité du littoral, responsable du fléau paludéen, ne favorisera guère le développement de l'activité côtière et de la pêche en particulier.

En 1915 encore, Piana était entièrement agricole, Cargèse (Carghjese) ne comptait pas plus de huit ou dix pêcheurs dans sa population, etc.

Bien sûr, on ne tient pas compte de la navigation et du développement des ports en faveur du commerce qui, pour leur part, étaient beaucoup plus important, ne serait-ce que pour assurer les échanges intérieurs à une époque où les voies de communications étaient réduites.

Les étangs de Diane et de Biguglia soutiennent, quand à eux, une réputation de longue date pour leurs huîtres et leurs anguilles. On affrétait jadis des bateaux spécialement conçus pour transporter les anguilles à Naples, pour la semaine Sainte. De même, les huîtres et les anguilles étaient expédiées en Toscane où elles étaient très en faveur. Si l'on remonte ainsi dans le temps, on apprend qu'à l'époque romaine déjà, on expédiait de l'étang de Diane des huîtres salées à destination de Rome.

Le poisson, dont la vente est souvent assumée par les femmes de pêcheurs (pisciaghje), faisait jadis l'objet d'un troc avec les paysans des villages environnant; pendant la belle saison les pisciaghje échangeaient volontiers leur marchandise contre du blé ou de la farine de châtaignes.