LA PLONGÉE

merou

En Corse, sous la surface d'une eau turquoise limpide et légère, la montagne chute rapidement dans un monde merveilleux : pics, grottes, éboulis, failles, canyons, plaines de sable ou herbiers... Biotope préservé et idéal pour de nombreuses espèces.


Un vivier sous-marin préservé...

Ici, ni usines, ni rejets toxiques, ni engrais en masse. Le faible développement économique de la Corse, à défaut d'apporter des emplois, participe à la protection des rivages. L'eau y est particulièrement claire, la pollution n'ayant pas encore jeté son dévolu dans les criques et les golfes profonds qui l'entourent. Un petit paradis pour poissons en quelque sorte. Un vivier sous-marin préservé dont le roi est sans contexte le mérou (Epinephelus marginatus). Un poisson sympathique et attachant malgré sa grosse gueule de bulldog des mers.

Les mérous ont toujours aimé fréquenter les eaux corses et leur nombre a même augmenté ces dernières décennies. Selon les scientifiques, un léger réchauffement de la Méditerranée aurait permis au mérou de se reproduire d'une manière importante, particulièrement autour de la Corse. Hors d'atteinte des prédateurs humains grâce à une interdiction de pêche récemment reconduite pour cinq ans, ce sédentaire se multiplie à un rythme croissant. D'ordinaire assez craintif et sauvage, le mérou se familiarise rapidement avec la présence du plongeur et apprécie la compagnie. Dès qu'il sent qu'il n'y a rien à craindre de son visiteur, l'animal devient curieux et amical. Un peu de patience et de douceur, on parvient même à lui offrir une caresse. Une rencontre avec le père mérou est à chaque fois un grand moment d'émotion.


Sous la lumière des torches

Il faut prendre les courants buissonniers, à la découverte des mille et une enfractuosités de la côte corse et de ses habitants.

Autour d'une famille de mérous gravite généralement un très grand nombre d'autres espèces familières des rivages de l'île. Le plongeur s'immerge avec enchantement dans un nuage de poissons de toutes sortes. Sars, girelles, oblades, daurades, dentis...papillonnent à portée de main, la nuée de castagnoles s'écarte puis se recompose dans l'instant. Antennes pointées, une famille de langoustes apprécie le spectacle depuis sa niche de corail rouge. Corail particulièrement dense dans le golfe du Valincco, près de Propriano.

Parallèlement à cette population exubérante, un autre univers plus discret, délicat et coloré s'offre au regard. À y regarder de plus près, les parois et les grottes que sculpte Mare nostrum sont recouvertes d'une vie en miniature, fixée à la roche ou se déplaçant à un rythme que seuls les observateurs patients et attentifs peuvent apprècier.

C'est un vrai plaisir que de voir évoluer les nudibranches multicolores, les crustacés craintifs, révélés par un phare puissant au fond d'une faille sombre, le ballet au ralenti d'une limace de mer et d'un bernard-l'ermite.

Dans cet univers de grand bleu uniforme, l'explosion de couleurs surprend... sous la lumière artificielle jaillit une palette de rouges, de jaunes ou de roses tranchant sur l'opacité du décor. Autant de beauté ne doit pas faire oublier la fragilité du milieu. La mer est un trésor dont la Corse ne peut se passer. Une richesse qu'elle doit léguer intacte aux générations à venir.

La disparition des phoques moines des côtes corses dans les années soixante-dix a marqué les esprits et réveillé les consciences.

L'île s'est désormais donné les moyens de préserver ses fonds marins. Après avoir été eux aussi menacés, les mérous peuvent aujourd'hui dormir tranquilles.


Deux chambres et une table

Tous les plongeurs ont déjà vu un grand coquillage qui émerge des champs de posidonies. C'est la grande nacre (Pinna nobili), le plus grand bivalve de Méditerranée. Surpêchée autrefois, elle est aujourd'hui protégée. Ce que l'on sait moins, c'est que les plus grands spécimens abritent souvent un couple d'une extrême discrétion. Il s'agit de deux petits crustacés qui vivent en parfaite symbiose à l'intérieur de la nacre. Une crevette (Alpheus) et un petit crabe (Pinnotherre) qui se nourrissent des restes du repas du coquillage. Quant à les apercevoir, c'est une autre histoire... Dès que l'on s'approche de trop près, la grande nacre vous claque la porte au nez !


Une beauté redoutable

Quoi de plus beau et de plus délicat que ces sublimes nudibranches aux couleurs merveilleuses glissant tout en douceur sur de frêles hydraires ? Mais saviez-vous qu'un bon nombre d'entre eux peut être redoutable ? Ils ingurgitent les cellules urticantes que portent les hydraires, prenant soin de ne pas déclencher leur mécanisme offensif, puis les font réapparaître aux extrémités de leurs papilles dorsales. Ainsi, lorsqu'un prédateur s'approche à leur contact, les cellules déchargent leur petit harpon urticant, dissuadant l'agresseur...


Un père exemplaire

Vous l'avez sûrement déjà rencontré. Parfois isolé, en couple ou en groupe dans les cavités sombres, sa couleur vive le rend facilement repérable. C'est l'apogon (Apogon imberbis). Avec sa robe rouge vif et son œil barré, on le croirait échappé d'un aquarium. Ce petit poisson fait preuve d'un sens du dévouement paternel exemplaire : en été, pendant la période de reproduction, le mâle concerve dans sa bouche la ponte de sa compagne pour l'incuber et la protéger des prédateurs. Il gardera jusqu'à 20 000 œufs pendant une semaine, sans se nourrir. Alors, si vous en voyez un la bouche pleine, ne le traitez surtout pas de goinfre !


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D'après un texte de Georges Antoni dans "La Corse votre hebddo"
à lire du même auteur "Mes 50 plus belles plongées en Corse" - DCL Éditions -

Georges Antoni, qui connaît la mer insulaire comme sa poche, nous y propose ses plus belles plongées. Il les raconte par le texte et la photo, du Cap Corse à la Côte Orientale, du Sud à l'Ouest et au Nord-Ouest de l'île. Des sites incomparables ainsi que des épaves sont offerts à la découverte. Une carte avec la répartition des plongées facilite le choix.

On y trouve également la liste des clubs en Corse.