LE SANCTUAIRE MEDITERRANÉEN

dauphin Le sanctuaire marin est devenu réalité ! l'accord signé entre l'Italie, la France et Monaco est maintenant en vigueur. La zone de protection va de la presqu'ile de Giens, au sud de la Toscane et au nord de la Sardaigne. La totalité de la côte ouest de la Corse est au cœur de ce sanctuaire.

L'Italie se sera fait un peu prier mais l'accord signé en 1999 a été ratifié et le sanctuaire marin est enfin entré en vigueur le jeudi 21 février 2002. Désormais la France, Monaco et l'Italie vont unir leurs efforts et poursuivre leurs recherches dans le seul but de protéger les mammifères marins et sauvegarder leur habitat.

Cette zone, gigantesque, court sur près de 85 000 km2, de la presqu'ile de Giens au nord de la Sardaigne et au sud de la Toscane ! Dans ce périmètre croisent régulièrement 2 à 3 000 rorquals (baleines) et 25 000 dauphins. Et la Corse fait donc elle aussi partie de ce sanctuaire.

« C'est une zone très particulière. Par son relief bien spécifique et sa température, cette région de la Méditerranée assure la remontée du plancton en abondance pour les mammifères et c'est également une zone toute désignée pour la reproduction. » confirme Philippe Robert du parc national marin de Port Cros.

Port-Cros en charge de l'animation

La protection et l'animation du sanctuaire dans l'attente de sa mise en service officielle ont été dévolues, fin 1999 au parc national marin de Port Cros. En effet, l'historique du sanctuaire remonte au début des années quatre-vingt-dix, lorsque deux associations françaises et italiennes ont proposé une protection des mammifères en mer ligure.

Le gouvernement français a saisi la balle au bond et si l'Italie a ainsi tardé à ratifier l'accord, c'est aussi parce qu'elle souhaitait que toute la Sardaigne soit englobée dans le sanctuaire.

Pourtant ce retard n'aura rien de préjudiciable au projet. En effet, le parc de Port Cros - qui depuis quarante ans met en pratique la délicate équation de la protection, du tourisme, de la pêche et de la plongée - a déjà avancé sur de nombreux domaines : groupes de recherche, financement... les commissions se sont réunies à plusieurs reprises, via la coordination du préfet maritime bien sur.

Un code d'observation des mammifères

« A terme, il s'agit de partager les recherches des trois pays et de déboucher sur un comité scientifique et technique international pour qu'il y ait une cohésion. » poursuit Philippe Robert.

dauphinIl s'agit surtout de ne pas faire une coquille vide de plus. A tel point que les responsables de Port Cros sortent déjà de leurs tiroirs deux actions : tout d'abord une plaquette présentant les mammifères marins à l'attention des plaisanciers, mais aussi un code de bonne conduite de l'observation de ces mammifères, toujours à destination des plaisanciers.

Expérience unique de collaboration internationale en matière de zone protégée marine, ce sanctuaire marin ne se veut surtout pas une « réserve d'Indiens » mais bel et bien une promesse d'héritage intact.


Les pêcheurs vont parler aux dauphins

Pour protéger ces mamifères, un système de répulsif acoustique inoffensif est actuellement à l'étude. Sa mission sera d'éloigner les cétacés des filets de pêche pour leur préservation propre comme pour celle de l'activité professionnelle de la pêche

Les pêcheurs et les dauphins ne vivent pas actuellement dans les eaux paisibles de la cohabitation. Pourtant, l'activité professionnelle de la pêche n'est pas moins indispensable à l'économie, malgré les dernières restrictions européennes, que ne l'est à l'environnement et au prestige écologique de la Corse la préservation d'espèces marines protégées. Et, justement, le littoral de l'ile est devenu pour les cétacés un Sanctuaire de Mammifères au cœur même de la Méditerranée.

Or, le nombre croissant d'incidents entre les cétacés et les filets de pêche semble indiquer que la population du grand dauphin, peut-être sensible à l'avènement du sanctuaire, est en augmentation. Et la pression prédatrice qu'elle exerce dans le sillage des bateaux de pêche cause des problèmes à tout le monde : les filets sont systématiquement dégradés voire détruits - le montant des dommages équivalent parfois au chiffre d'affaires de toute une année - les poissons, évidemment, sont goulument engloutis par ces Tursiops truncatus (c'est leur nom de baptême scientifique) qui peuvent eux-mêmes être blessés lorsqu'ils s'empêtrent dans les filets. Mais une solution « acoustique » existe déjà et elle sera opérationnelle d'ici trois ans et pourrait aussi concerner l'ensemble des pêcheurs du littoral méditerranéen.

Une mission double : recenser et adapter

Trois ans, c'est le délai nécessaire pour mener à bon port - et en six phases - l'étude diligentée depuis quelques semaines par l'Office de l'Environnement de la Corse, maitre d'ouvrage d'une action scientifique dont le cout est proche des 200 000 e et qui est financé par lui à 50 %. Le conseil général de la Haute-Corse vient de voter sa quote-part, affichant publiquement sa volonté « de préserver les cétacés dans un site remarquable, en œuvrant pour la pérennité de l'activité de la pêche professionnelle » (2).

La mission est double. Elle consiste, d'une part, à recenser de la façon la plus précise possible les populations de dauphins et leurs zones de prédilection géographiques et, d'autre part, à trouver le meilleur système de répulsif acoustique, c'est-à-dire celui qui ne nuira pas à l'intégrité des dauphins mais qui les dissuadera de s'approcher trop près des embarcations de pêche et permettra ainsi aux pêcheurs de faire sereinement leur métier.

« Les dauphins ne meurent pas sur les filets des pêcheurs corses, car il n'existe pratiquement pas ici de grands filets pélagiques que l'on fait dériver et qui sont responsables d'accidents plus graves » rassure Jean-Noel Livrelli, responsable du « département mer » à l'Office de l'Environnement. Mais ce n'est pas le cas partout ailleurs...

Le dispositif de répulsion acoustique existe depuis quelques années déjà mais il est indispensable de l'adapter spécialement aux dauphins corses.

Les prud'homies de pêcheurs disponibles

Sur le vaste théâtre liquide des opérations, les sorties scientifiques de recensement et de recherche de modulation de l'appareil en question seront effectuées par le laboratoire Ondes et Acoustiques de l'Université de Corse, qui dispose des équipes tout à fait compétentes pour ce type d'investigations marines.

Les quatre prud'homies de pêche de la Corse (Ajaccio, Bastia, Bonifacio et Calvi) ainsi que le comité régional des pêches ont proposé spontanément un soutien logistique en mettant tour à tour des bateaux à la disposition des universitaires de Corte qui ont le pied marin.

Il faut savoir que la Corse, qui devient un pôle expérimental pour l'ensemble du Sanctuaire marin, compte environ trois cents pêcheurs professionnels et que l'acquisition des systèmes exigera un investissement que l'on peut déjà globalement estimer à 500 000 e et peut-être même davantage. Aussi, lorsque ces « vrais faux amis » des dauphins seront opérationnels, il s'agira de trouver les financements publics pour aider les professionnels de la pêche à se les procurer. Les mammifères marins affamés en seront contrariés dans leur appétit mais cette diète forcée est salutaire pour leur santé. Ils devront se faire rapidement une raison et s'habituer à se nourrir... sans filets.


(2). La direction de l'Environnement et la direction régionale des Affaires maritimes sont les autres partenaires financiers.

D'après des articles de Christophe Laurent & Jean-Marc Raffaelli- Corse Matin