LE SANGLIER

sanglier



Le sanglier est un bel animal, fait pour le combat et la course et qui se caractérise par sa puissance et sa force.... En Corse, on le chasse avec passion, une passion basée sur le respect et l'admiration. Cette chasse se justifie pour la régulation des populations, autant que pour les sensations qu'elle procure, car le sanglier est le gibier le plus intelligent que l'on puisse trouver en Corse
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La morphologie


Bien que le plus gros des animaux sauvages de l'île de beauté, le sanglier corse est plus petit que son homologue continental. Son corps est de forme ovale et non cylindrique comme le cochon et malgré sa tête volumineuse, il est également plus court et plus trapu que le cochon.

Deux grandes oreilles mobiles, courtes, droites et portées vers l'arrière, sur une tête prolongée d'un groin très allongé armé d'une denture puissante de 44 dents avec de longues canines inférieures caractéristiques, "les défenses", qui s'aiguisent en permanence contre les 2 grosses supérieures, les "grés". Ce frottement, qui rend les défenses tranchantes et pointues forme un "instrument de travail" et, pour les mâles, des armes redoutables avec lesquelles ils peuvent éventrer facilement un adversaire.

Les mâles ont sur les flancs une couche de cartilage d'environ 4 cm d'épaisseur, "l'armure", apparente dès l'âge de trente mois, et qui, à l'époque du rut, les protège dans les batailles.

Le corps, plus ou moins longs, est recouvert de 3 cm de longueur de poils et des soies de 10 cm au garrot souvent relevés en crinière ou en épis sur la ligne dorsale. La couleur du pelage peut être rousse, noire ou dans des nuances de gris, ces différences de couleur sont essentiellement dues à l'âge. Il possède une queue droite de 25 à 30 cm qui se termine par un long pinceau de soies.

Les marcassins âgés de moins de 6 mois sont toujours rayés longitudinalement (11 bandes noires dont 1 sur l'échine et 5 de côté), avant de prendre une teinte rousse uniforme jusqu'à l'âge d'1 an.

Si le sanglier corse mâle atteint parfois les 100 kg, la laie est plus petite.

L'habitat

Les milieux fréquentés par les sangliers sont très divers (étangs, maquis, forêts, montagnes, zones cultivées....), le sanglier a de grandes facultés d'adaptation, tous les biotopes lui conviennent pourvu qu'il y trouve de l'eau, de la nourriture et une végétation suffisamment abondante pour s'y cacher, par contre, le calme et la tranquillité lui sont nécessaires.

On le rencontre particulièrement sous le couvert dense du maquis corse souvent impénétrable, mais on peut aussi le rencontrer dans les forêts, tout simplement couché au pied d'un gros chêne ou au milieu de grands fourrés de ronces ! Et même, il n'hésite pas à élire domicile dans des champs où il trouve alors une alimentation abondante.

Il est également présent en moyenne montagne, qu'il déserte au plus froid de l'hiver, préférant les températures plus clémentes en plaine et aux abords des reliefs.

La reproduction

Le rut du sanglier s'étale sur une longue période qui va de septembre à mars, mais surtout de novembre à janvier. Les vieux mâles solitaires sortent alors de leur remise habituelle, et peuvent parfois parcourir de très longues distances pour rechercher des femelles à couvrir.

Lorsque deux grands mâles convoitent en même temps un groupe de femelles, ils s'affrontent en de violents combats. Ces combats dont l'issue est rarement fatale, sont souvent sanglants; de profondes cicatrices marqueront les corps des belligérants.

Le mâle dominant reste avec les laies 4 à 5 semaines, affirmant ainsi sa domination sur le groupe de manière à décourager d'éventuels prétendants.

En chaleur la première, c'est la laie meneuse qui déclenche les chaleurs chez les autres femelles du groupe.


laieLa laie qui possède 10 allaites a une portée par an.

Aprés 4 mois de gestation, la laie mais bas dans un nid de branches, d'herbes et de fougères, 4 à 10 marcassins beige rayé de roux. Les marcassins resteront au nid environ une semaine, puis accompagneront leur mère dans tous ses déplacements au milieu de la harde.

Les marcassins seront sevrés vers l'âge de trois mois.




La chasse au sanglier

La battue avec des chiens et un nombre de chasseurs, qui peut aller à plus de vingt est de loin la formule de chasse au sanglier la plus pratiquée en Corse.

A 12-14 ans les jeunes garçons sont initiés à l'art de cette chasse.

Lorsque le jour se lève, les hommes quittent le village, lorsqu'ils arrivent sur le lieu de chasse, chacun tient son emplacement et son rôle : les uns font les voix (facenu e voci) d'autres lâchent les chiens pour qu'ils traquent le gibier vers les postes (e poste) où dans les postes les chasseurs l'attendent.

Les postes placés dans des endroits stratégiques sont choisis selon certains critères tels que la connaissance du terrain, les lieux de passage connus des sangliers, le sens du vent etc...

Méfiant, rusé et toujours en alerte, le sanglier repère la moindre odeur des chasseurs dissimulés dans le maquis.

Lorsqu'il a été tué le sanglier est transporté au village et partagé. La distribution des parts se fait au tirage au sort pour lequel on utilise souvent des cartes à jouer ou des billets numérotés.

"Ce sont des cochons sauvages ?"
"Non ! Des sangliers domestiques !"


On se souvient de ce dialogue tiré d'"Astérix en Corse".


sanglierEt de fait sur l'île on ne sait plus très bien à quoi on a affaire.
Si le cochon d'élevage est bien un descendant du sanglier, les croisements entre les deux espèces entraîne une pollution génétique.

Dans l'Antiquité romaine, on avait l'habitude de laisser paître les cochons en semi-liberté pour favoriser l'hybridation avec des sangliers et obtenir ainsi une viande plus savoureuse. Aujourd'hui en Corse, l'élevage extensif des cochons favorise les croisements. Et il arrive aussi qu'on lâche volontairement des truies domestiques dans la nature. Des lâchers qualifiés de "repeuplement cynégétique". Mais ces « cochongliers » qui naissent sont plus sensibles aux maladies, aux parasites que l'espèce sauvage.


Planète Environnement par Nathalie Fontrel

Radio France / Samedi 27 Décembre 2003© Radio France 2003