LA SCANDOLA

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Les aiguilles de granit rouge qui s'élèvent à 300 mètres au-dessus de l'eau bleu marine, sculptées par << le vent rongeur et la brume de mer >>, semblent << des arbres, des plantes, des bêtes, des monuments, des hommes, des moines en robe, des diables cornus, des oiseaux démesurés, tout un peuple monstrueux >>

Selon les mots mêmes de Maupassant, bouleversé par sa visite aux calanques de Piana en 1880.


La réserve naturelle de la Scandola se situe à l'ouest de l'île, légèrement au nord de Porto, au-dessus du golfe de Girolata. Elle a été classée par l'UNESCO, patrimoine naturel de l'humanité. La faune et la flore y sont protégées et l'on y accède que par la mer.

La découverte de la réserve se fait en bateau spécial, pourvu d'un fond de verre, au départ de Porto ou de Calvi. Et seulement par temps calme, car parfois la mer encaisse de forts vents d'ouest qui la rendent très houleuse et la visite s'avère difficile, sinon dangereuse.

Quittant le fond du vaste golfe de Porto, le bateau se dirige vers la haute mer, puis se rapproche de la première muraille rocheuse qui le surplombe d'une trentaine de mètres.

Le spectacle est magnifique... de la mer indigo se dressent, ourlés du blanc de l'écume et curieusement disposés, des rocs aux formes bizarres, érodés, et d'un rouge intense, souligné par le vert acide de la végétation. Là commence le Parc naturel régional, et au cœur de ce parc, la réserve de La Scandola, site exceptionnel. Cette réserve est à la fois un conservatoire de la faune et de la flore, un laboratoire de recherche et un lieu d'exploration infinie...

Partie émergée d'un complexe organique de 700 km2, La Scandola compte quelques 920 ha sur terre et un millier sur mer. Côté mer, elle englobe la presqu'île de La Girolata, territoire déchiqueté où se cache au fond d'un golfe un minuscule village de pêcheurs adossé à la falaise. Elle culmine à 560 m au Capo Purcile. Les falaises abruptes de la côte se prolongent sous la mer, et à moins de 200 m au large les profondeurs atteignent 100 m. Au-delà sont les abysses.

Les fonds marins possèdent une flore et une faune d'une prodigieuse richesse. loin de tout centre urbain, exempt de pollution, gardant encore un équilibre inconnu ailleurs en Méditerranée, ils offrent un laboratoire grandeur nature, d'intérêt majeur pour l'étude des espèces et de leur biotope. On a recensé quelques 450 sortes d'algues dont 150 igorées sur ces côtes et 3 totalement inconnues. Le recensement des poissons a permis de répertorier 243 espèces.

La diversité géologique des roches et leurs différents états d'érosion donnent à l'ensemble un caractère original : de grandes falaises sculptées en forme d'orgues, fissures profondes, filons de microgranite en relief dans la roche plus tendre, blocs de rocs volcaniques. Des patelles de bonne taille, colonisent ces roches au niveau du flux.


scandolaLes curieuses cavités, les "taffoni" qui perforent certaines falaises et qui se prolongent sous la mer en grottes, servent de refuge à des milliers d'espèces : colonies de cormorans huppés sur les hauteurs et à tout un petit monde dont langoustes et corail rouge dans les profondeurs. Des cavernes affleurent l'eau par des plages de galets. autrefois, les phoques-moines, ces "veaux marins" s'y reposaient en groupe. Trop chassés, ils ont complètement disparus depuis 25 ans.

Grâce à la limpidité de l'eau, de grandes prairies marines de Posidonie se développent jusqu'à 35 m de profondeur, hautes de plus d'un mètre, elles cachent et nourrissent poissons et mollusques. Elles font de plus office de véritables poumons.

Dans le périmètre de la Réserve, pêche et plongée sont strictement interdites depuis 15 ans, car cet endroit encore naturel doit rester le témoinde l'écosystème primitif, et peut-être montrer l'exemple. Le visiteur qui se voit confronté à cet univers sauvage éprouve une émotion qui le dépasse, mais il comprend qu'un peu de la beauté originelle du monde se trouve là, pour quelque temps encore.

Sur les roches et le maquis environnant, la végétation soumise à différents milieux est également très variée. Ses espèces les plus intéressantes sont endémiques : corses ou cyrno-sardes. S'accrochant aux rochers fouettés par les embruns, le perce-pierre, remarquable par ses feuilles charnues d'un vert glauque aux inflorescences jaunâtres et le statice articulé.

Plus haut, des champignons, lichens ou mousses et une autre plante endémique, l'armerie de Soleirol. Le génévrier, l'euphorbe arborescente aux buissons orangés, quelques pins d'Alep sur les crêtes. Les fougères foisonnent dans les creux humides, et près des ruisseaux clématites, salsepareilles et gattiliers. Le maquis recouvre la majeure partie de la réserve et abonde en arbousiers, bruyères arborescentes, lavandes, cistes variés, qui exhalent un parfum prenant et délicieux.

Un biotope riche et nourricier, habitat de quelques reptiles et amphibiens inoffensifs, couleuvres vertes et jaunes ou à collier, de petits mamifères, et surtout d'une chauve-souris remarquable, la plus grande d'Europe, le molosse. Circulent également quelques renards et sangliers.

Quant à l'avifaune, elle compte plus d'une cinquantaine d'espèces, dont les plus remarquable : aigle royale, faucon pélerin, puffin cendré. Tout un petit peuple de passereaux migrateurs ou sédentaires : merles, grives, multiples fauvettes, mésanges de toutes espèces, troglodytes, rouge-gorges, roitelets, perdrix et cailles...

Nichant dans les falaises maritimes : 80 couples de cormorans huppés et quelques rares de balbuzards pêcheurs, perchant sur les pitons, environ 800 couples de goélands argentés et de faucons pèlerins installés partout sur les replats et de très nombreux martinets en colonies bruyantes. Ce sont ces espèces qui, de la mer, sont les plus facilement visibles pour les visiteurs, oiseaux blancs ou noirs, spectaculairement perchés sur la roche rouge où s'accrochent leurs nids.

Par mer calme, le bateau qui fait le tour des îlots, se glisse dans les anfractuosités, passe sous les arches de pierre. Le fond de verre du bateau est ici une ressource inespérée pour la découverte des fonds par le grand public, puisque la plongée y est intedite. L'incroyable pureté de l'eau permet de voir très loin. Cette réserve est l'une des merveilles de l'île qui n'en manque pourtant pas !

Elle se continue vers le sud par les célèbres Calanches de Piana, étrange composition de roches de granit rouge, qui se dressent en muraille ou se partagent en pitons, en colonnes, en formes humaines ou animales, plongeant dans la mer trop bleue et que le soleil couchant incendie.

portoUn décor de carte postale dont la subtile magie vous empoigne.

La route côtière se faufile entre ces blocs et brusquement la vue débouche sur le golfe de Porto. Mais du Capo Rosso, surmonté de la tour de Turghio surplombant la mer de quelques 300 mètres, le panorama qui embrasse à la fois les Calanches et le golfe de Porto est absolument admirable.

D'après un texte de Chantal de Rosamel : La réserve de Scandola - Balades/Espace Nature